Maya Kamaty en mode acoustique pour le titre Meute

Il paraît loin le temps, où la « môme Pounia » (du nom du fondateur du célèbre collectif réunionnais Ziskakan), alors étudiante à Montpellier, sortait du bois et faisait, comme choriste, ses premiers pas sur scène. Depuis, Maya a retrouvé son île et s’est emparé de la langue créole en même temps que du maloya. Ses parents et les “dalons” (ami en français) – et parmi eux le vagabond stellaire Alain Peters – se sont battus dès 1979 pour que cette musique ne meurt pas. Kayamb à bout de bras, Maya s’empare de son histoire et en fait son fil conducteur. Elle choisit son deuxième prénom, «Kamaty» (celui d’une femme debout, marginale et intense, habitante du village de Grand Bois, dont lui a beaucoup parlé son père), pour tracer sa voie.

Façonné sur scène, salué par le public et la critique, son premier album, Santié Papang (2014), est désigné « Coup de cœur » de l’Académie Charles Cros. Avec lui, elle fait le tour du globe : de l’Inde à l’Australie en passant par le Maroc, l’Afrique du Sud, le Canada, la Corée du Sud et la Chine. Pourtant Maya Kamaty choisit de délaisser l’acoustique de ce premier opus et de faire évoluer en profondeur sa musique :

« Cela aurait été trop facile de refaire Santié Papang, j’ai besoin de me mettre en danger, de prendre des risques ».

De cette volonté est né Pandiyé, sorti en 2018. Un album suspendu, sa traduction en créole, entre tradition et modernité. De puissantes basses (empruntant aussi bien à l’électro-folk de l’islandais Asgeir, au hip-hop de Kendrick Lamar, à la pop de Björk), viennent soutenir les traditionnels kayamb et roulèr du maloya, en même temps qu’elles donnent à entendre d’autres instruments de la culture réunionnaise : la takamba (plus connu sous le nom de n’goni), mais également les tambours malabars, d’habitude réservés aux cérémonies indiennes (des descendants de tamouls, dont Maya incarne la 5ème génération, venus d’Inde pendant la période de l’engagisme).

Avec la complicité du producteur Victor Vagh (Flavia Coelho), Maya et sa clique ont trouvé le juste équilibre entre l’organique et l’électronique. Leur maloya réinventé n’appartenait plus seulement à La Réunion, mais au monde. Il n’empêche : l’émotion reste dans la pulsation, les messages dans les images, force vive de la langue créole. Car si l’enveloppe a changé, le besoin de raconter des histoires en chansons, lui, est toujours intact. La tournée “Pandiyé” emmènera le groupe sur les routes d’Europe et du Canada jusqu’à l’ouverture du festival des Vieilles Charrues en Juillet 2021, dans le contexte sanitaire que nous connaissons tous.

Mais il en faut plus pour stopper la Kamaty, bien au contraire. Elle poursuit son exploration permanente et se penche du côtés des cultures urbaines pour sa nouvelle aventure : « Sovaz” (Sauvage en français). L’arrêt brutal du monde, lui donne alors un temps précieux pour l’écriture et la remise en question dont elle a besoin. Avec ce nouvel EP, elle prend la tangente, n’arrondit pas les angles, compose des musiques syncopées, chante des paroles d’une rage profonde qu’elle expulse dans un souffle propre à l’urgence de la rue. “Sovaz” évoque le côté brut, non policé, mal élevé, même insolent, une attitude qui emprunte les codes des bandes de rues, des mauvais garçons, des filles qui se rebellent. Sovaz est l’expression d’une femme qui s’assume en tant que telle. Pour ce nouvel opus qu’elle définit comme « Kreol Urban pop », Maya Kamaty collabore avec l’artiste Sskyron et le guitariste Adrien Pigeat, dans une formule minimaliste, à la pointe de la création actuelle urbaine, avec des incursions raffinées dans le hip hop, la trap et la pop atmosphérique, elle propose un répertoire à l’efficacité redoutable et la profondeur rare.

Aujourd’hui Maya débarque avec « Meute » son nouveau single. Ce titre écrit et composé par les deux « dalones » Maya Pounia et Marie Lanfroy (Saodaj) nous amène dans l’exploration d’une prise de parole au féminin. Pour Maya, il est grand temps de trouver sa place, de ne plus avoir à se justifier et enfin, d’oser dire les choses telles qu’elles sont. Mais parfois on se sent seule et on ne trouve ni les mots, ni le courage d’affronter les obstacles du quotidien. C’est ce sentiment de solitude et d’éveil que Maya Kamaty souhaite aborder dans ce nouveau titre aux allures électro pop.

« Je voulais une atmosphère minimaliste, une esthétique pop avec un texte simple qui raconte nos parcours de femmes. Je suis une réunionnaise qui évolue dans la musique depuis 2012, et depuis mon premier album, j’ai le sentiment que mes pairs ne m’autorisent pas à grandir. On veut m’enfermer dans une case / cage »

Maya fait donc appel à Marie Lanfroy pour l’aider à trouver les mots et les mélodies justes. Ce texte porte tout le poids des paroles choisies et maitrisées par les deux « compères ». Dans un fort élan de sororité, elles se retrouvent afin d’extirper le trop plein : La difficulté pour une femme de s’affranchir du schéma patriarcal, le besoin de trouver des allié(e)s, des personnes de confiance pour discuter, travailler, avancer, mais aussi la nécessité de puiser leurs forces dans une prise de parole commune – « Elles arrivent de partout (…) Entends-tu ? » Le résultat en est une chanson à la fois efficace et profonde qui n’est pas sans rappeler la pop atmosphérique de Jeanne Added et l’univers sonore d’Aurora. « Nous formons une MEUTE qui n’a plus peur »

Découvrez la version acoustique ci dessous

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