C’est un coup dur pour la scène électronique française. Le NAME Festival, l’un des plus anciens rendez-vous électro du pays, ne se tiendra pas en 2026 à Roubaix. En cause : une demande de déprogrammation formulée par la nouvelle municipalité dirigée par David Guiraud (LFI), qui invoque des nuisances dénoncées par les riverains. Une décision qui prend de court les organisateurs, à seulement quatre mois de la date prévue pour cette vingtième édition très attendue.
Une vingtième édition annulée à quatre mois de l’échéance
L’information est tombée le 1er septembre, par le biais d’un communiqué de l’association Art Point M, organisatrice du festival depuis sa création en 2005. Le NAME devait initialement se tenir les 13 et 14 décembre 2026 à la Condition Publique de Roubaix, dans un format entièrement repensé après une année de pause en 2025. Les organisateurs avaient notamment imaginé, pour cette édition marquant les vingt ans de l’événement, une formule plus resserrée, avec une jauge réduite mais une programmation toujours exigeante, fidèle à l’identité du festival et à son volet pédagogique historique.
Selon le communiqué d’Art Point M, la nouvelle majorité municipale de Roubaix ne souhaite plus que le festival se tienne à la Condition Publique et en a demandé la déprogrammation. Les organisateurs affirment n’avoir été informés de cette décision qu’au cœur de l’été, soit plusieurs mois après le lancement des préparatifs de cette édition anniversaire, engagés depuis près d’un an selon leurs propres déclarations.
Du côté de la mairie, la décision est assumée. L’entourage de David Guiraud justifie ce choix par des nuisances et des incivilités attribuées au festival et à son public, ainsi que par un décalage jugé trop important entre l’événement et les habitants du quartier. Le cabinet du maire affirme néanmoins vouloir travailler à des propositions de délocalisation, en envisageant d’autres lieux ou friches de la ville, jugés moins susceptibles de générer des nuisances difficilement acceptées par les riverains.
Un festival historique, pilier de la scène électro dans les Hauts-de-France
Pour mesurer l’ampleur de cette décision, il faut rappeler le poids qu’occupe le NAME Festival dans le paysage des musiques électroniques françaises. Créé en 2005, l’événement compte parmi les tout premiers festivals du genre en France, et bénéficie à ce titre de soutiens institutionnels de premier plan, parmi lesquels la Région Hauts-de-France, le Centre National de la Musique, la Métropole Européenne de Lille, ainsi que le Département du Nord.
Ce statut de festival pionnier explique en grande partie l’émoi suscité par cette annonce au sein de la scène électro. Après une pause observée en 2025, le NAME devait justement marquer son grand retour cette année, à l’occasion de sa vingtième édition, un anniversaire symbolique que les organisateurs espéraient célébrer dans de bonnes conditions, avec un format renouvelé pensé en concertation avec les services de la ville.
C’est précisément cette temporalité qui cristallise aujourd’hui les tensions. Dans leur communiqué, les responsables d’Art Point M rappellent avoir travaillé, au fil des éditions précédentes, à limiter l’impact du festival sur le voisinage, en lien avec les services municipaux. Ils estiment toutefois qu’exiger un changement de site à quatre mois seulement de la date prévue, après près d’un an de préparation, place l’association dans une situation intenable sur le plan opérationnel comme financier.
Entre incompréhension des organisateurs et fermeté de la mairie : les réactions
Sans surprise, l’annonce de cette déprogrammation a suscité une vive réaction du côté des organisateurs, mais aussi plus largement au sein de la communauté des musiques électroniques. Dans leur communiqué, les équipes d’Art Point M ont tenu à souligner que leur public ne pouvait être réduit à des incivilités isolées, tout en reconnaissant l’impact réel que peut avoir un événement de cette ampleur sur le quartier environnant.
Les organisateurs pointent également un contexte plus large qu’ils jugent préoccupant, évoquant une tendance actuelle à la tolérance zéro envers les événements festifs, dans un climat où une loi récente continuerait, selon eux, de stigmatiser les musiques électroniques et leur public. Ils estiment enfin que cette décision engendre un préjudice économique important pour une structure déjà fragilisée, avec des conséquences directes pour leurs équipes, mais aussi pour l’ensemble de leurs partenaires et prestataires habituels.
De son côté, la mairie de Roubaix ne remet pas en cause le bien-fondé de l’événement dans l’absolu, mais justifie sa position par la nécessité de répondre aux nuisances remontées par les riverains. Le cabinet de David Guiraud insiste sur sa volonté de proposer des alternatives, en explorant d’autres lieux au sein de la ville susceptibles d’accueillir le festival dans de meilleures conditions pour le voisinage, ouvrant ainsi la porte à un possible retour du NAME à Roubaix, sous une autre forme ou dans un autre cadre.
Ce que l’on peut attendre pour l’avenir du festival
À ce stade, l’incertitude demeure quant à la tenue effective d’une édition 2026 du NAME Festival, sous quelque forme que ce soit. Dans leur communiqué, les organisateurs d’Art Point M assurent toutefois ne pas être à l’arrêt et affirment déjà travailler à la suite, sans toutefois donner de détails précis sur un éventuel changement de lieu ou de date pour cette vingtième édition.
Du côté de la municipalité, la piste d’une délocalisation vers d’autres lieux ou friches de la ville reste ouverte, ce qui pourrait, à terme, permettre au festival de retrouver un ancrage local, dans des conditions jugées plus acceptables par les riverains et les services municipaux. Reste à savoir si un tel scénario pourra se concrétiser dans des délais compatibles avec l’organisation d’un événement d’une telle ampleur, habituellement préparé sur près d’une année complète.
Cette affaire soulève par ailleurs des questions plus larges sur la place accordée aux musiques électroniques et à leurs publics dans l’espace urbain, un débat que les organisateurs du NAME espèrent voir se poursuivre au-delà du seul cas roubaisien. Entre volonté affichée de dialogue de la part de la mairie et sentiment d’urgence mal gérée du côté des organisateurs, l’avenir du festival dans sa ville historique reste, pour l’instant, en suspens.
Ce qu’il faut retenir :
- Le NAME Festival, créé en 2005 à Roubaix, ne se tiendra pas comme prévu les 13 et 14 décembre 2026 à la Condition Publique.
- La déprogrammation a été demandée par la nouvelle municipalité de Roubaix, dirigée par David Guiraud (LFI), qui invoque des nuisances signalées par les riverains.
- Les organisateurs, l’association Art Point M, affirment avoir appris la décision au cœur de l’été, soit environ quatre mois avant la date prévue.
- Le festival, qui avait déjà observé une pause en 2025, devait célébrer cette année sa vingtième édition dans un format repensé.
- La mairie affirme vouloir proposer d’autres lieux ou friches de la ville pour accueillir de futures éditions.
- L’avenir de l’édition 2026, comme celui du festival à Roubaix, reste à ce jour incertain.






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