Une simple question publiée sur Instagram a ouvert un débat beaucoup plus large sur l’accessibilité à la télévision. En regardant l’interview d’Emmanuel Macron diffusée le 24 septembre, Jean-Luc Reichmann s’est demandé pourquoi des interprètes en langue des signes française étaient présents à l’écran alors que les programmes disposent également de sous-titres. Plusieurs internautes lui ont répondu, dont une doctorante sourde travaillant sur les questions de traduction et de co-interprétation, qui a choisi de transformer l’interrogation de l’animateur en séquence pédagogique. Son message rappelle notamment que la LSF et le français écrit constituent deux accès linguistiques différents et que l’un ne rend pas nécessairement l’autre superflu.

Jean-Luc Reichmann s’interroge sur la présence d’interprètes en LSF à la télévision

C’est en regardant l’interview présidentielle du 24 septembre que Jean-Luc Reichmann a décidé d’interroger directement sa communauté. L’animateur des « 12 Coups de midi » a remarqué la présence à l’écran de plusieurs professionnels participant au dispositif d’accessibilité et s’est demandé pourquoi la langue des signes restait nécessaire alors que les programmes sont également sous-titrés.

Dans sa vidéo publiée sur Instagram, Jean-Luc Reichmann explique en substance que les personnes sourdes peuvent lire les sous-titres et demande donc pourquoi plusieurs personnes interviennent pour rendre les échanges accessibles. Une question formulée publiquement avec une volonté affichée de comprendre le fonctionnement du dispositif.

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Les réactions n’ont pas tardé. Plusieurs internautes ont expliqué que les différents outils d’accessibilité ne remplissent pas nécessairement la même fonction. Certains ont notamment évoqué la langue des signes française, mais également la Langue française Parlée Complétée, qui constitue une aide au décodage de la parole par lecture labiale.

Un internaute a également rappelé deux éléments : le sous-titrage réalisé en direct peut connaître un décalage et, pour certaines personnes sourdes, la LSF constitue une langue privilégiée, avec une structure qui lui est propre. L’enjeu n’est donc pas uniquement de savoir si une personne peut lire du français, mais de lui permettre d’accéder à l’information selon une modalité linguistique adaptée.

« Pourquoi conserver le son ? » : la réponse qui renverse la question

Parmi les réactions suscitées par cette séquence, celle d’une internaute sourde, doctorante et travaillant notamment autour de la traduction et de la co-interprétation, développe longuement les différences entre sous-titrage et LSF.

Sa réponse commence d’ailleurs par une situation qu’elle présente elle-même avec ironie : elle explique ne pas avoir pu comprendre directement la vidéo de Jean-Luc Reichmann parce que celle-ci n’était pas sous-titrée. Elle indique avoir finalement pris connaissance de ses propos grâce à leur retranscription dans plusieurs médias.

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Elle apporte ensuite une première précision terminologique : il convient de parler de « langue des signes » et non de « langage des signes ». Une distinction essentielle à ses yeux puisque la langue des signes française est précisément une langue à part entière.

Mais son argument le plus marquant consiste à retourner la question initiale. Si la présence de sous-titres suffisait à rendre inutile une autre modalité d’accès, pourquoi conserver le son à destination des personnes entendantes puisqu’elles savent elles aussi lire ?

Le parallèle permet de résumer son raisonnement : le sous-titrage donne accès au français écrit, tandis que l’interprétation permet d’accéder à la langue des signes française. Deux modalités qui peuvent coexister sans que l’une rende automatiquement l’autre inutile.

Sous-titres et langue des signes : deux accès qui ne répondent pas aux mêmes besoins

La réponse va plus loin en contestant l’idée selon laquelle savoir lire suffirait à régler toute la question de l’accessibilité. L’internaute ne remet évidemment pas en cause la capacité des personnes sourdes à lire. Elle explique plutôt que cette capacité ne signifie pas que le français écrit doive devenir leur unique moyen d’accéder à une information télévisée.

Elle utilise là encore le parallèle avec les personnes entendantes : savoir lire n’entraîne pas l’abandon du français oral. Pour elle, la question centrale devient donc celle du choix de la modalité linguistique plutôt que celle de la capacité à utiliser une autre solution.

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Le direct constitue également un élément important. Le sous-titrage peut arriver avec un léger décalage, comporter des reformulations ou connaître certaines erreurs. Lors d’une actualité importante ou d’une intervention politique, l’interprétation en LSF peut permettre aux personnes utilisant cette langue de suivre le discours dans la temporalité de l’événement.

La doctorante résume cette idée autour de l’égalité d’accès à l’information. Son message ne présente donc pas la LSF comme une alternative destinée à remplacer les sous-titres. Au contraire, elle défend leur complémentarité.

Elle insiste également sur un point : la LSF ne doit pas être considérée comme un simple supplément visuel ou comme une transposition gestuelle mot à mot du français. Son argumentation vise précisément à rappeler son statut de langue et, par conséquent, l’intérêt de laisser plusieurs possibilités d’accès à l’information.

Une question devenue une occasion de parler d’accessibilité

L’échange a finalement dépassé la seule vidéo de Jean-Luc Reichmann. Sa question a permis de mettre en lumière des mécanismes d’accessibilité qui restent parfois mal compris par le grand public.

L’internaute qui lui répond choisit d’ailleurs explicitement une démarche pédagogique. Elle explique vouloir répondre « sans polémique », tout en assumant une pointe d’ironie destinée à rendre son raisonnement plus immédiatement compréhensible. Elle remercie même indirectement l’animateur d’avoir posé la question, puisque celle-ci permet désormais de parler de langue, d’accessibilité et du choix des personnes directement concernées.

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Cette séquence prend une dimension particulière au regard de l’histoire personnelle de Jean-Luc Reichmann. Sa sœur Marie-Laure est atteinte de surdité profonde, et l’animateur s’est déjà exprimé publiquement sur son engagement ancien en faveur de l’accessibilité des programmes télévisés. Son interrogation n’efface donc pas ce parcours, mais elle a suscité des explications précises sur les différents dispositifs existants.

Le débat rappelle surtout que l’accessibilité ne repose pas nécessairement sur une solution unique. Sous-titrage, LSF et autres dispositifs peuvent répondre à des usages différents et permettre à davantage de téléspectateurs d’accéder à un même contenu.

En quelques publications, une interrogation lancée devant un écran de télévision est ainsi devenue un échange beaucoup plus large sur la manière dont l’information est rendue accessible. Et la réponse adressée à Jean-Luc Reichmann repose finalement sur une idée simple : permettre plusieurs modes d’accès ne consiste pas à multiplier inutilement les dispositifs, mais à tenir compte de la diversité des personnes auxquelles ils sont destinés.

Ce qu’il faut retenir

  • Jean-Luc Reichmann s’est interrogé sur Instagram sur la présence d’interprètes en langue des signes alors que des sous-titres sont disponibles.
  • Sa question est née en regardant l’interview d’Emmanuel Macron diffusée le 24 septembre.
  • Plusieurs internautes ont répondu à l’animateur en expliquant les différences entre les dispositifs d’accessibilité.
  • Une doctorante sourde travaillant notamment autour de la traduction et de la co-interprétation lui a adressé une longue réponse pédagogique.
  • Elle rappelle que la LSF est une langue à part entière.
  • Le sous-titrage donne accès au français écrit tandis que l’interprétation permet un accès en langue des signes française.
  • Elle souligne également les possibles décalages, reformulations ou erreurs du sous-titrage en direct.
  • Son message défend la complémentarité des différents modes d’accès plutôt que leur mise en concurrence.
  • La réponse invite finalement à laisser aux personnes concernées le choix de la modalité linguistique qui leur convient.

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