La journaliste Marie Portolano a livré devant la justice un témoignage particulièrement détaillé sur les comportements qu’elle reproche à Pierre Ménès, ancien chroniqueur de Canal+, dans le cadre du procès en diffamation engagé par ce dernier. Absente à l’audience, l’ancienne figure de Canal Football Club conteste les accusations portées contre lui. Au fil des débats, la défense de la journaliste a présenté plusieurs témoignages et éléments visant à étayer son récit, tandis que le procureur a estimé que Marie Portolano disposait d’une « base factuelle suffisante » pour porter ces accusations « en toute bonne foi ». Le délibéré est attendu le 4 novembre.

Face aux juges, Marie Portolano raconte les comportements qu’elle affirme avoir subis

L’audience consacrée au procès en diffamation intenté par Pierre Ménès contre Marie Portolano a pris une dimension particulière. L’ancien chroniqueur sportif n’était pas présent à l’audience, sa demande de renvoi ayant été rejetée par le tribunal. Les débats se sont donc concentrés sur les accusations évoquées par la journaliste dans son livre Je suis la femme du plateau, paru en mars 2024 aux éditions Stock.

À la barre, Marie Portolano a décrit les stratégies qu’elle-même et d’autres femmes auraient mises en place afin d’éviter certains contacts avec l’ancien consultant sportif lorsqu’il était présent sur les plateaux. Son témoignage s’est notamment attardé sur des comportements physiques qu’elle affirme avoir subis à plusieurs reprises.

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« Dès que j’étais en contact avec lui, soit il touchait mes seins, soit il touchait mes fesses », a raconté la journaliste. Elle a également évoqué le comportement qu’elle affirme avoir observé envers des maquilleuses, auxquelles Pierre Ménès « attrap(ait) les fesses ».

Un autre épisode particulièrement marquant a été relaté devant les magistrats. Marie Portolano a expliqué qu’en 2016, alors qu’une photographie réunissait l’équipe de Canal Football Club autour de l’invité Antoine Griezmann, Pierre Ménès lui aurait soulevé la jupe sous les yeux du public. La journaliste affirme l’avoir frappé avant de quitter le plateau, très énervée.

Selon Me Christophe Bigot, avocat de Marie Portolano et des éditions Stock, ce récit serait corroboré par trois témoignages directs, dont celui d’Hervé Mathoux, présentateur historique de l’émission.

Un livre qui entendait dénoncer un système, au-delà d’un seul homme

L’origine de cette affaire remonte notamment à la publication de Je suis la femme du plateau. Dans cet ouvrage, Marie Portolano revient sur son expérience dans le milieu du journalisme sportif et sur les comportements sexistes auxquels elle affirme avoir été confrontée.

La journaliste a également expliqué devant les juges que son livre ne visait pas uniquement la personnalité de Pierre Ménès. Elle a insisté sur sa volonté de dénoncer un fonctionnement plus global dans lequel certains comportements auraient pu être tolérés ou minimisés.

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« J’ai écrit ce livre parce que j’étais mécontente du fait que toute la forêt se cache derrière l’arbre, et que l’arbre, ce soit lui », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter : « Les vrais coupables sont les personnes qui l’ont laissé faire. »

Cette ligne de défense s’inscrit dans la continuité du documentaire Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste, co-réalisé par Marie Portolano en 2021. Le film donnait la parole à 18 femmes afin de mettre en lumière le sexisme dans les rédactions sportives.

La séquence consacrée à Pierre Ménès avait alors suscité une importante controverse. Un extrait impliquant l’ancien chroniqueur avait été coupé du documentaire à la demande de Canal+, selon les éléments évoqués dans le cadre de l’affaire. Lors de sa révélation, Pierre Ménès avait notamment déclaré ne pas se souvenir de l’agression évoquée par Marie Portolano, tout en affirmant qu’il pourrait refaire un tel geste.

La journaliste assure pour sa part avoir veillé à ne pas réduire son propos à la désignation d’un seul responsable. Elle explique avoir voulu montrer comment un environnement professionnel pouvait contribuer à rendre certains comportements possibles.

Témoignages, inspection du travail et position du parquet au cœur des débats

Le procès a ainsi largement dépassé la seule question des passages contestés du livre. Les débats ont fait émerger plusieurs éléments présentés par la défense de Marie Portolano pour soutenir l’existence d’une base factuelle à ses accusations.

Me Christophe Bigot a notamment évoqué les conclusions de l’Inspection du travail, qui font état de « palpations de seins » de femmes enceintes, de « mains aux fesses répétées » et d’« humiliations en public » attribuées au consultant.

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L’avocat a également interrogé la logique d’une procédure dans laquelle la journaliste se retrouve poursuivie pour diffamation après avoir décrit des faits qu’elle affirme avoir vécus ou dont elle dit avoir été témoin. « On attend de lui qu’il comprenne que les femmes ne sont pas ses choses, qu’il ne dispose pas de leur corps comme il l’entend », a déclaré Me Bigot.

Le procureur de la République a, de son côté, considéré qu’il existait une « base factuelle suffisante » permettant à Marie Portolano de porter ses accusations « en toute bonne foi ». Une appréciation importante dans un procès où les juges doivent notamment examiner les conditions dans lesquelles les propos contestés ont été tenus.

Il convient toutefois de rappeler que les accusations évoquées dans cette affaire demeurent contestées et que le procès en diffamation ne saurait, à lui seul, établir définitivement la réalité de chacun des faits dénoncés.

Une nouvelle étape judiciaire avant le délibéré du 4 novembre

L’absence de Pierre Ménès a également constitué un élément notable de l’audience. L’ancien chroniqueur souhaitait obtenir un renvoi en raison d’un rendez-vous médical, mais le tribunal a considéré que cet impératif n’était pas suffisamment justifié pour reporter l’audience.

La défense de Marie Portolano avait dénoncé un « choix tactique », estimant que cette demande pouvait avoir pour objectif de déplacer le calendrier judiciaire. De son côté, Pierre Ménès n’était pas représenté par un avocat lors de cette audience, après le rejet de sa demande de renvoi.

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L’affaire ne s’arrête toutefois pas avec cette audience. Le tribunal doit rendre son délibéré le 4 novembre. Un autre rendez-vous judiciaire est également annoncé : le tribunal de Nanterre doit se prononcer sur le fond de l’affaire lors d’un procès prévu le 16 novembre.

Ces différentes échéances devraient donc prolonger l’attention autour d’un dossier qui dépasse largement la seule querelle entre deux personnalités du monde audiovisuel. À travers le témoignage de Marie Portolano, les débats ont aussi remis au premier plan la question du sexisme dans les médias sportifs, de la responsabilité des environnements professionnels et de la manière dont les comportements dénoncés peuvent être traités au sein des rédactions et des équipes de télévision.

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Pour Marie Portolano, l’enjeu semble précisément se situer à ce niveau : ne pas seulement regarder « l’arbre », mais interroger « la forêt ». Une formule qui résume la volonté affichée par la journaliste de replacer son témoignage dans une réflexion plus large sur les mécanismes ayant, selon elle, permis à certains comportements de perdurer.

Le prochain rendez-vous sera désormais judiciaire. Le délibéré du 4 novembre permettra de connaître la décision du tribunal dans ce volet de l’affaire, tandis que les échéances de novembre devraient continuer à nourrir les débats autour de ce dossier particulièrement sensible.

Ce qu’il faut retenir

  • Marie Portolano a témoigné devant la justice au sujet des comportements qu’elle reproche à Pierre Ménès.
  • La journaliste affirme notamment avoir subi des attouchements et relate un épisode au cours duquel elle dit que l’ancien chroniqueur lui aurait soulevé la jupe.
  • Trois témoignages directs, dont celui d’Hervé Mathoux, ont été évoqués par l’avocat de Marie Portolano pour corroborer certains éléments de son récit.
  • La défense a également cité des conclusions de l’Inspection du travail concernant plusieurs comportements reprochés à Pierre Ménès.
  • Le procureur a estimé qu’il existait une « base factuelle suffisante » pour que Marie Portolano ait porté ses accusations « en toute bonne foi ».
  • Marie Portolano affirme que son livre entendait dénoncer un système plus large que la seule personnalité de Pierre Ménès.
  • Pierre Ménès était absent de l’audience après le rejet de sa demande de renvoi.
  • Le délibéré est attendu le 4 novembre.
  • Une autre échéance judiciaire est prévue le 16 novembre devant le tribunal de Nanterre.
  • Les accusations évoquées dans cette affaire restent contestées et doivent être distinguées d’une décision judiciaire établissant définitivement les faits.


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